Vaccin Lapin : Pourquoi le rappel annuel ne suffit plus (Avis Microbiologiste)

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Faut-il vacciner son lapin tous les 6 mois ou tous les ans ? Entre l’émergence de souches de VHD2 hypervirulentes et les taux d’anticorps protecteurs qui baissent, le schéma vaccinal a changé.

Vaccination d'un lapin au Nobivac

En tant que microbiologiste, je décrypte pour vous pourquoi la vie en appartement n’est pas un rempart et comment une simple mise à jour vaccinale peut éviter une mort subite à votre compagnon. Voici tout ce qu’il faut savoir, sources scientifiques à l’appui, pour garantir une protection réelle et durable à votre lapin.

Les pathologies virales mortelles du lapin et l’arsenal vaccinal

Il existe deux maladies virales majeures qui représentent une menace vitale pour nos lapins en raison de leur taux de mortalité extrêmement élevé. Une fois contractées, ces infections peuvent provoquer la mort de l’animal de manière rapide et soudaine.

La myxomatose

C’est une pathologie infectieuse grave pour laquelle il existe des vaccins efficaces. Bien qu’elle soit souvent associée à l’extérieur, elle peut atteindre tous les individus.

La maladie hémorragique virale (VHD ou RHD)

Également connue sous les noms de Rabbit Hemorrhagic Disease (RHD) ou Viral Hemorrhagic Disease (VHD), cette maladie est foudroyante. Elle se décline aujourd’hui en deux variants principaux, le VHD1 et le VHD2, ce dernier étant particulièrement préoccupant en raison de ses mutations récentes.

Les solutions vaccinales disponibles

En médecine du lapin de compagnie, plusieurs vaccins sont couramment utilisés pour instaurer une barrière immunitaire (liste non exhaustive) :

  • Nobivac Myxo-RHD PLUS : ce vaccin offre une protection combinée contre les virus de la myxomatose, ainsi que les variants RHD1 et RHD2.
  • Filavac VHD K C+V : il est spécifiquement conçu pour cibleres virus du RHD1 et du RHD2.
  • Yurvac RHD : il s’agit d’un nouveau vaccin dirigé contre les virus du RHD1 et du RHD2.

Le mythe du lapin d’intérieur

Une erreur fondamentale consiste à penser que les lapins vivant exclusivement en intérieur sont à l’abri. En réalité, ils sont tout aussi concernés par la vaccination, car les virus peuvent être transportés jusque dans vos foyers par des aliments ou des objets contaminés et des insectes piqueurs faisant office de vecteurs.

Le défi du VHD2 : Pourquoi le rappel annuel ne suffit plus ?

Depuis 2020/2021, la gestion de la Maladie Hémorragique Virale de type 2 (VHD2) a connu un tournant majeur. Bien que les vaccins standards (comme le Nobivac Myxo RHD PLUS ou le Filavac VHD K C+V) soient initialement annoncés protéger durant 12 mois, la réalité du terrain a forcé une réévaluation des protocoles.

Pourquoi s’inquiéter de l’évolution du VHD2 ?

Détecté pour la première fois en 2010, le VHD2 a rapidement supplanté le variant classique (VHD1) grâce à des avantages sélectifs. Ce virus se distingue par plusieurs caractéristiques critiques :

  • Recombinaison et mutation : Il résulte d’une recombinaison de gènes et mute fréquemment, créant une grande variabilité des souches en circulation.
  • Virulence accrue : Certaines de ces souches se sont révélées plus virulentes que d’autres (Capucci 2022).

Les raisons d’une vaccination semestrielle

Le passage à une recommandation de vaccination tous les 6 mois par la quasi-totalité des vétérinaires NAC exclusifs s’appuie sur des observations cliniques répétées de décès dus au VHD2 chez des lapins pourtant vaccinés. Ces incidents surviennent généralement en fin de couverture vaccinale, aux alentours de 9 mois après l’injection.

Deux hypothèses principales expliquent ce défaut de protection à 12 mois :

  1. L’émergence de souches « hypervirulentes » : En circulant, le VHD2 peut acquérir des mutations lui permettant d’échapper plus facilement aux anticorps ou d’être plus agressif. Une souche hypervirulente peut réussir à infecter un lapin lorsque son taux d’anticorps commence à baisser, soit plusieurs mois après le dernier rappel.
  2. Une durée de protection réelle inférieure à un an : Il est possible que les vaccins ne protègent pas efficacement durant les 12 mois complets. Les données précises sur l’efficacité à 12 mois ne sont pas rendues publiques par les fabricants.

Comprendre la cinétique des anticorps

Schéma cinétique du taux d'anticorps vaccination lapin

Schéma de la cinétique du taux d’anticorps, avec vaccination et rappel. En vert, lorsque le taux d’anticorps est suffisant pour être protecteur contre l’agent infectieux, en orange lorsque le taux est trop bas pour être totalement efficace pour éviter une infection.

Fréquence de rappel : pourquoi passer à deux vaccinations par an ?

Au regard des informations épidémiologiques actuelles, la prudence impose désormais de vacciner les lapins tous les 6 mois contre le VHD2 pour garantir une protection optimale. Les études les plus récentes montrent en effet que les protocoles annuels classiques peuvent présenter des failles face aux nouvelles menaces.

L’épreuve des souches hypervirulentes

Même les vaccins de dernière génération, comme le Yurvac RHD, montrent des limites sur une durée de 12 mois face aux souches hypervirulentes. Les données indiquent qu’un an après l’injection, le taux de survie des lapins exposés à ces souches agressives est de 87 % (Perozo 2024). Si ce chiffre est encourageant, il signifie qu’une protection totale n’est plus assurée sur une année complète, rendant le rappel semestriel indispensable. À noter que des données similaires ne sont pas encore publiquement disponibles pour les vaccins Nobivac et Filavac.

Schéma vaccinal : l’importance de l’expertise NAC

Pour toute question relative au protocole de votre compagnon, il est impératif de vous référer à un vétérinaire NAC exclusif. Ces praticiens spécialisés, qui ne traitent que les nouveaux animaux de compagnie et refusent les chiens et chats, sont les plus à même d’être à jour sur les dernières avancées scientifiques et les réalités du terrain.

Si votre vétérinaire n’est pas encore au fait de ces nouvelles recommandations, n’hésitez pas à lui présenter les études récentes ou à l’inviter à échanger avec ses confrères spécialistes pour valider ces données.

Note technique sur le diagnostic (VHD2)

Toute mort soudaine sur un lapin non vacciné doit être suspectée VHD2 et les mesures sanitaires prises en conséquence.
Le diagnostic du VHD2 peut s’avérer complexe, même lors d’une nécropsie. Il est crucial de noter que ce virus ne provoque pas systématiquement de lésions hépatiques visibles : le foie peut paraître totalement sain à l’œil nu. Pour confirmer ou infirmer une infection au VHD2, une simple macroscopie ne suffit pas ; l’envoi d’échantillons du foie pour analyse PCR en laboratoire est une étape indispensable (Albini, 2022).


Foire Aux Questions : Tout savoir sur la vaccination du lapin en 2026

1. Pourquoi est-il indispensable de vacciner un lapin, même en appartement ? Contrairement aux idées reçues, la vie en intérieur n’est pas une barrière contre les virus. Les agents pathogènes de la Myxomatose et du VHD sont extrêmement résistants et peuvent être transportés jusque dans votre foyer par des insectes piqueurs (vecteurs biologiques) ou des vecteurs passifs comme vos chaussures, vos vêtements, ou même du foin contaminé.

2. Quelles sont les maladies ciblées par le vaccin ? La vaccination protège contre deux pathologies virales à très forte mortalité :

  • La Myxomatose : une maladie infectieuse grave.
  • Le VHD (ou RHD) : la maladie hémorragique virale, qui existe sous deux formes, le VHD1 et le variant VHD2.

3. Pourquoi le rappel annuel ne suffit-il plus contre le VHD2 ? Depuis 2020/2021, des décès dus au VHD2 ont été observés chez des lapins vaccinés depuis plus de 9 mois. Le virus VHD2 mute fréquemment, créant des souches « hypervirulentes » capables d’échapper partiellement aux anticorps lorsque leur taux diminue dans l’organisme. Pour maintenir un niveau de protection optimal, un rappel tous les 6 mois est désormais recommandé par les spécialistes.

4. Le nouveau vaccin Yurvac RHD protège-t-il pendant 12 mois ? Les données scientifiques récentes (Perozo 2024) montrent qu’un an après l’injection du Yurvac RHD, le taux de survie face à une souche hypervirulente est de 87%. Bien que performant, cela signifie qu’une partie des lapins n’est plus protégée à 100% au bout d’un an, ce qui justifie le maintien d’un protocole semestriel (tous les 6 mois).

5. Vers quel vétérinaire se tourner pour un schéma vaccinal à jour ? Il est primordial de consulter un vétérinaire NAC exclusif. Ces spécialistes ne traitent que les nouveaux animaux de compagnie et sont les mieux informés sur les dernières études scientifiques et l’évolution des souches virales.

6. Comment diagnostiquer avec certitude un décès lié au VHD2 ? Le VHD2 est particulièrement sournois car il ne provoque pas systématiquement de lésions visibles. La mort est soudaine et nécessite une autopsie, mais le foie peut paraître totalement sain. Pour confirmer la présence du virus, une simple macroscopie ne suffit pas : il est indispensable d’envoyer des prélèvements du foie pour une analyse PCR en laboratoire (Albini, 2022).


N’hésitez pas à consulter nos autres articles et ressources pour en savoir plus sur les soins à apporter à votre lapin et restez informés des dernières actualités concernant leur santé.


Bibliographie

Albini, S., Hetzel, U., Cavadini, P., & Vogler, B. R. (2022). Inconspicuous post-mortem findings in rabbits from Switzerland naturally infected with Rabbit Haemorrhagic Disease Virus 2. Schweizer Archiv Fur Tierheilkunde, 2022(5), 375–383.

Asin, J., Calvete, C., Uzal, F. A., Crossley, B. M., Duarte, M. D., Henderson, E. E., & Abade dos Santos, F. (2024). Rabbit hemorrhagic disease virus 2, 2010–2023: a review of global detections and affected species. Journal of Veterinary Diagnostic Investigation, 36(5).

Capucci, L., Cavadini, P., & Lavazza, A. (2022). Viral Haemorrhagic Disease: Rhdv Type 2 Ten Years Later. World Rabbit Science, 30(1), 1–11. In Manual of Diagnostic Tests and Vaccines for Terrestrial Animals (13th ed.)

Hänske, G. G., König, P., Schuhmann, B., Bertram, C. A., & Müller, K. (2021). Death in four RHDV2-vaccinated pet rabbits due to rabbit haemorrhagic disease virus 2 (RHDV2). Journal of Small Animal Practice, 62(8), 700–703.

Perozo, E., Fontseca, M., Acal, L., Gascon, S., March, R., & Sitjà, M. (2024). YURVAC® RHD vaccine against RHDV and RHDV2. ICARE 2024.

Reemers, S., Peeters, L., van Schijndel, J., Bruton, B., Sutton, D., van der Waart, L., & van de Zande, S. (2020). Novel trivalent vectored vaccine for control of myxomatosis and disease caused by classical and a new genotype of rabbit haemorrhagic disease virus. Vaccines, 8(3), 1–15.

Tokarz-Deptuła, B., Kulus, J., Baraniecki, Ł., Stosik, M., & Deptuła, W. (2024). Characterisation of Lagovirus europaeus GI–RHDVs (Rabbit Haemorrhagic Disease Viruses) in Terms of Their Pathogenicity and Immunogenicity. International Journal of Molecular Sciences, 25(10).

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